Togbui K. Mensanh Kessouagni : « Il faut respecter et écouter la population »
16 sept. 2026 par
De « Apoukpodji » à Souza Nétimé N°3 : le chef raconte l’histoire méconnue d’un quartier de Bè
Dans le cadre de ses rencontres avec les acteurs qui font vivre les communes et les quartiers du Togo, Echos des Communes est allé à la rencontre de Komi Mensanh Kessouagni, chef du quartier de Bè Souza Nétimé N°3, dans la commune du Golfe 1. De son parcours à son accession à la chefferie, en passant par l’histoire de « Souza Nétimé », les défis de la jeunesse, la place des femmes et les perspectives de développement du quartier, le chef livre un regard à la fois historique, social et prospectif sur sa communauté. Dans cet entretien, il évoque également la collaboration avec le Comité de Développement du Quartier (CDQ) et la municipalité du Golfe 1, tout en lançant un appel à la mobilisation des habitants et de la diaspora.
1-Nos révérences Togbui ! Parlez-nous de votre
parcours, de votre famille et de ce qui vous a conduit à
exercer cette noble fonction.
Bonjour, chers frères et sœurs, chers amis.
Je suis Komi Mensanh Kessouagni, gestionnaire
comptable de formation et formateur syndical. Je suis marié et père d’un
enfant.
Mon parcours syndical m’a beaucoup appris,
notamment le sens de la responsabilité, de l’écoute et du service. C’est cette
expérience qui m’a donné le courage d’accepter d’assumer cette noble fonction
lorsque la famille et le canton ont constaté la vacance de la chefferie de
notre quartier. Je l’ai donc accueillie non pas comme un privilège, mais
surtout comme une responsabilité et un devoir envers ma communauté.
2. Depuis
quand dirigez-vous le quartier de Bè Souza Nétimé N°3 et comment avez-vous vécu
votre accession à la chefferie ?
Nous avons commencé à exercer cette responsabilité le 4 janvier 2005, après que la famille s’est réunie et m’a désigné pour assumer la chefferie. Toutefois, mon accession à la chefferie a été officiellement reconnue par l’État le 30 janvier 2016.
3. Être Chef
de quartier aujourd’hui, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est une noble
fonction. Pour l’assumer, il faut être un rassembleur, faire preuve de patience
et d’humilité, cultiver la sagesse et veiller à l’équité et à la justice.
4.Quels sont
les devoirs et les responsabilités qui accompagnent cette charge ?
Il faut respecter et écouter la population, mais surtout être au service de tous, sans distinction.
5. Bè Souza
Nétimé N°3 possède une histoire particulière. Pouvez-vous nous raconter les
origines de ce quartier ? D’où vient l’appellation « Souza Nétimé N°3 » ?
Le nom « Souza
Nétimé » signifie « la cocoteraie de Monsieur de Souza ». Monsieur de Souza
était un propriétaire terrien qui pratiquait la culture des cocotiers sur ces
terres. C’est de là que vient cette appellation.
6.Existe-t-il
une histoire ou une signification que les jeunes générations gagneraient à
connaître ?
À l’époque
coloniale, les Allemands cultivaient les cocotiers pour produire du coprah
destiné à leurs industries. Après la Première Guerre mondiale, ils ont perdu la
possession de ces terres. Lorsque les Français sont arrivés, ne sachant pas
exactement comment gérer cette partie du territoire, ils ont décidé de la
mettre aux enchères.
Cette zone était
alors appelée « Apoukpodji » par la population de Bè. Une importante
concurrence s’est engagée entre les habitants de Bè et la famille De Souza,
représentée notamment par De Souza Antony et ses proches. Finalement, la
famille De Souza a remporté cette compétition et les terres lui sont revenues. C’est
ainsi que les habitants de Bè ont perdu Apoukpodji au profit de la famille De
Souza.
7. Quelles
sont les principales richesses culturelles et patrimoniales du quartier ?
Traditions, sites, personnalités, fêtes, savoir-faire…
Aujourd’hui, la
communauté de Bè Souza Nétimé est cosmopolite. Plusieurs familles ont acquis
des terres auprès de la famille de Souza, ce qui fait que notre culture est
aujourd’hui très diversifiée, avec des traditions et des pratiques issues de
différentes communautés.
En ce qui concerne
le patrimoine, nous disposons notamment de trois terrains domaniaux, ainsi que
de la plage, qui constitue un véritable atout pour le quartier et un espace de
détente pour la population du Grand Lomé et d’ailleurs.
8. Quels sont
aujourd’hui les principaux défis auxquels fait face votre quartier ?
Les principaux défis
concernent surtout la jeunesse, qui représente plus de 60 % de la population.
Nous sommes notamment confrontés au chômage, à la consommation de drogues et à
d’autres problèmes sociaux qui touchent particulièrement les jeunes.
9. Quelle
place accordez-vous aux jeunes et aux femmes dans la vie du quartier ?
L’éducation de la
jeunesse est notre priorité, car elle représente la relève de demain, mais elle
constitue également la génération qui nous accompagne aujourd’hui. En ce qui
concerne les femmes et nos mamans, nous nous efforçons de mettre en place des
activités génératrices de revenus afin de leur permettre de renforcer leurs
activités économiques et d’améliorer leurs conditions de vie.
10. Vous
travaillez étroitement avec le Comité de Développement du Quartier (CDQ).
Comment décririez-vous cette collaboration ?
La collaboration
avec notre CDQ est très dynamique et se déroule sans difficulté majeure. Chacun
connaît son cadre de travail et ses responsabilités. La chefferie accompagne le
CDQ dans ses initiatives et, en retour, le CDQ apporte son soutien à la
chefferie.
11. Quelles
sont les principales réalisations obtenues grâce à cette synergie entre la
chefferie et le CDQ ?
Nous avons notamment
mis en œuvre des projets de « Vacances utiles » au profit des élèves, du CP1 à
la classe de Terminale, ainsi que des actions de distribution de kits à la
population. Nous avons également mis le terrain de petits poteaux de Kodjindji
à la disposition des jeunes pour l’organisation d’événements sportifs,
notamment lors des initiatives liées à la CAN ou à la Coupe du monde. À cela
s’ajoutent le tournoi de la non-violence destiné aux jeunes, ainsi que des
activités de fin d’année organisées au profit des enfants.
12. Comment
appréciez-vous les relations entre la chefferie traditionnelle et la
municipalité du Golfe 1 ?
Nous entretenons une
relation de complémentarité. Nous travaillons main dans la main avec la
municipalité pour le bien-être de notre communauté.
13. Quels
sont, selon vous, les grands défis que la commune devra relever dans les
prochaines années ?
Il faut poursuivre
les efforts en faveur de l’éducation et de l’encadrement de la jeunesse,
accompagner les jeunes dans leur accession au leadership et renforcer les
activités génératrices de revenus au profit des femmes.
14. Si vous
deviez imaginer Souza Nétimé N°3 dans dix ans, à quoi ressemblerait-il ?
Souza Nétimé N°3
sera un véritable eldorado. Nous y travaillons déjà et nous préparons dès
aujourd’hui cet avenir.
15. Quel
héritage souhaitez-vous laisser aux générations futures ?
Je souhaite leur
transmettre le courage d’oser, l’humilité et la solidarité.
16. Enfin,
quel message adressez-vous aux habitants de Souza Nétimé N°3, aux citoyens du
Golfe 1 et à la diaspora originaire du quartier ?
À nous, habitants de
Souza Nétimé N°3, je voudrais dire qu’il faut comprendre que rien n’est le
fruit du hasard et que personne ne viendra faire notre travail à notre place.Nous
sommes nous-mêmes les premiers acteurs du développement de notre communauté.
Nous devons donc entreprendre et agir, en attendant que les différents
accompagnements, qu’ils viennent de la commune ou de la diaspora, puissent nous
soutenir dans nos initiatives. Nous avons les capacités et les ressources
humaines nécessaires pour faire avancer notre quartier. À nos frères et sœurs
de la diaspora, je voudrais également rappeler cet adage qui dit que l’on ne
montre pas du doigt gauche l’endroit d’où l’on vient, ni son propre pays. Vous
êtes une partie importante de notre communauté et nous comptons sur votre engagement
pour contribuer à son développement.
17. Si vous
deviez résumer Souza Nétimé N°3 en trois mots, lesquels choisiriez-vous et
pourquoi ?
Un quartier côtier,
parce qu’il est situé sur le littoral.
Un quartier de
cocotiers, parce qu’autrefois, les cocotiers étaient présents un peu partout
dans le quartier et ont fortement marqué son histoire.
Un quartier
sablonneux, parce qu’il est situé à proximité de la plage d’Apoukpodji,
caractérisée par ses étendues de sable.
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