Décentralisation : Akiti Dosseh, un parcours exemplaire au service de l’administration municipale
8 oct. 2026 par
Après plus de trois décennies au service de l’État et des collectivités locales, Akiti Dosseh, ancien Secrétaire général de la Commune du Golfe 1 (Lomé), a fait valoir ses droits à la retraite en janvier 2026. De Kanté à Tsévié, en passant par les grands défis d’organisation de l'administration communale de Bè-Afedome, ce grand serviteur public revient, dans cet entretien exclusif accordé à Échos des Communes, sur ses origines, les moments charnières de sa carrière, sa philosophie du leadership et sa vision pour la relève de la fonction publique locale.
Échos des Communes : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de vos origines ?
AKITI Dosseh : Je suis AKITI Dosseh, né le 31 décembre 1965 à Logopé-Anfoin, dans la préfecture des Lacs. J’y ai effectué mes études primaires et secondaires avant de rejoindre Lomé en 1988, muni de mon baccalauréat série D. J’ai grandi dans mon village natal jusqu’à l’obtention de ce diplôme. Mes parents étant cultivateurs, j’ai très tôt pris part aux travaux champêtres. C’était une vie faite de débrouillardise et de valeurs de la terre.
Quelles sont les valeurs ou les personnes
qui ont le plus marqué votre jeunesse ?
Trois valeurs essentielles : le travail, la justice et l’humilité. Mon père m'a beaucoup inspiré. Il faisait preuve d'une grande rigueur tout en manifestant un amour profond pour ses enfants. C'était un homme attaché à la vérité et à la justice dans toutes ses relations avec autrui.
Quel a été votre parcours académique
et comment êtes-vous entrés dans l’administration publique ?
Après l’obtention de mon baccalauréat en 1988, j’ai entamé des études universitaires à l’École supérieure des techniques de gestion (ESTEG), devenue plus tard la FACEG. Ce cursus a été interrompu par ma réussite, la même année, au concours d’entrée à l’École nationale d’administration (ENA). Diplômé de l'ENA en 1991 avec une spécialisation en Finance et Trésor, j’ai été intégré dans la fonction publique le 15 janvier 1992.
Vous souvenez-vous de votre tout
premier poste et de ce que vous avez ressenti à vos débuts ?
Oui, naturellement ! L’arrêté d’affectation m’a envoyé à la mairie de Lomé, qui relevait à l’époque du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité (devenu aujourd’hui le MATDDT), en tant qu’agent mis à la disposition de la commune. Après six mois de stage à la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique, le maire M. Amouzouvi Akakpo m’a affecté auprès du directeur de la Voirie de Lomé, actuelle Direction des services techniques, où j’assistais le comptable dans la préparation des commandes de fournitures et de matériels.
Comment s’est construite votre
carrière jusqu’au poste de Secrétaire général ?
C’est un itinéraire riche et d'une grande densité. Après la Direction des services techniques de Lomé, j’ai été nommé régisseur des recettes à la Régie municipale des marchés, devenue par la suite l’Établissement autonome pour l’exploitation des marchés de Lomé (EPAM). C’est à cette période que j’ai sollicité l’autorisation de reprendre mes études à l’Université de Lomé.
Une fois ma maîtrise en droit public obtenue en 2003,
puis mon certificat d’aptitude à l’administration des entreprises en 2008, j’ai
été muté en 2009 à Kanté, dans la préfecture de la Kéran, comme Secrétaire du
conseil. J’y ai exercé jusqu’en octobre 2013, date à laquelle un arrêté
ministériel m’a nommé Secrétaire général de la commune de Tsévié. Enfin, en
octobre 2019, j’ai été nommé Secrétaire général de la commune du Golfe 1, poste
que j’ai occupé jusqu’à mon départ à la retraite en janvier 2026.
Quelles ont été les grandes étapes de
votre carrière ? Y a-t-il eu des tournants décisifs ?
Comme indiqué précédemment, la reprise des études supérieures et l’obtention de nouveaux diplômes ont constitué un tournant majeur. Cela m’a permis de progresser de la catégorie B à la catégorie A2, puis A1.
Cependant, mon affectation à un poste occupé jusque-là
par un agent non fonctionnaire, et ce malgré mon grade A1, a été une épreuve
cruciale qui aurait pu faire basculer ma carrière. Mais, en homme de foi guidé
par l'écriture qui rappelle que « toutes choses concourent au bien de ceux
qui aiment Dieu », j’ai accepté cette mission avec résignation et
détermination, exécutant mes tâches comme si je les accomplissais pour le
Seigneur (Colossiens 3:23). C’est à partir de cet engagement que sont venues
mes promotions successives.
Que retenez-vous de votre expérience
en tant que Secrétaire général ?
Le Secrétaire général assure la coordination technique des activités de l’ensemble des services de la commune. Dans d'autres administrations, on le qualifie de Directeur général des services communaux. Il est le chef de l’administration municipale, placé sous l’autorité directe du Maire. C’est un poste extrêmement absorbant où l'on est sollicité en permanence. On ne compte pas ses heures, au point parfois d'en négliger un peu sa vie de famille.
Il y a une réalité propre à ce poste. Lorsqu’une
activité réussit, les mérites reviennent rarement au SG ; mais en cas de
dysfonctionnement, tout le monde se demande immédiatement où il était et
comment une telle chose a pu se produire. C’est une responsabilité exigeante que
nous avons assumée jusqu'au bout. Je rends grâce à Dieu que la majorité des
projets que nous avons menés se sont très bien déroulés.
Quelles étaient vos principales
responsabilités au quotidien ?
Chaque journée débutait par un point de situation avec le secrétariat administratif afin de traiter les urgences et les affaires en instance (réunions, courriers arrivants, consignes du Maire). S’ensuivait le suivi rigoureux de l'exécution des dossiers transmis aux différents départements.
Quelles sont les réalisations dont
vous tirez la plus grande fierté ?
Sous la conduite du Maire, avec le soutien du Conseil municipal et l’implication des collaborateurs, je suis fier d'avoir contribué à bâtir une administration municipale solide, moderne et efficace au sein de la Commune du Golfe 1, où les six directions de services sont désormais pleinement opérationnelles.
Quels ont été les principaux défis
relevés ? Pouvez-vous partager une situation complexe que vous avez eu à gérer
?
Le premier défi majeur consistait à lancer l'administration locale dès la prise de fonction de la nouvelle équipe dirigeante et de l'Exécutif le 15 octobre 2019. Il fallait structurer l’organisation administrative et la rendre immédiatement opérationnelle. Le second défi concernait la collaboration avec un exécutif municipal pluraliste de cinq membres, incluant des adjoints au maire dont les attributions avaient été arrêtées avant la prise de fonction, tout en garantissant le respect de la hiérarchie et la fluidité de l'information.
Grâce à Dieu, nous avons rapidement élaboré et soumis
des projets de délégation de signatures, validés par le Maire Gomado. Cela a
permis aux adjoints d'être légalement habilités à signer les légalisations et
les actes d’état civil ou à célébrer des mariages, sous le contrôle du Maire.
Comment prenez-vous les décisions
dans les moments de crise ou de forte complexité ?
Face à des situations complexes, un compte rendu immédiat était soumis au Maire, accompagné de propositions de décisions. En cas d’extrême urgence, nous lui transmettions une note synoptique accompagnée de visuels si nécessaire, avant d'agir en concertation avec l’adjoint au maire compétent dans le domaine concerné.
Comment caractériseriez-vous vos
relations de travail avec les équipes et les autorités ?
L’humilité, la courtoisie, la diligence et l’obligation de compte rendu régulier constituent mon crédo personnel. Tout cela s'accompagne d'une rigueur inspirée par la volonté de livrer un travail accompli dans les règles de l'art.
Quel style de management
incarniez-vous ?
Un leadership participatif et collaboratif. J’ai toujours veillé à associer mes équipes au processus décisionnel.
Quel souvenir gardez-vous de votre collaboration avec vos agents ?
Mes relations avec mes collaborateurs sont restées au beau fixe jusqu’à mon départ. J'ai toujours reconnu les efforts qu’ils fournissaient dans l'exécution de leurs tâches, et je conserve d'eux d'excellents souvenirs.
Comment s'est déroulée la transition
vers la retraite et qu'avez-vous ressenti lors de votre dernier jour de service
?
J’éprouvais une grande joie et le sentiment du devoir accompli au service des citoyens du Golfe 1.
Comment occupez-vous votre temps
aujourd'hui ?
Je mets mon expérience et mes compétences au service de la collectivité tout en continuant à me former. J’apporte mon expertise à la commune des Lacs 4 ainsi qu'à diverses structures qui me sollicitent. Je m'investis également dans le coaching de jeunes professionnels pour les aider dans leur orientation et la définition de leurs objectifs de vie.
Je suis pleinement outillé pour intervenir en tant que
consultant en gouvernance locale et en administration publique ou privée, ainsi
que pour animer des formations spécialisées. De nouvelles initiatives
professionnelles viendront concrétiser ce positionnement très prochainement.
Quel message souhaiteriez-vous
transmettre aux jeunes générations ?
Au vu de mon parcours, je dirais ceci. Pour réussir une carrière épanouie, il est essentiel de développer une véritable expertise dans son domaine, de continuer à se former pour s'adapter aux évolutions, d'anticiper le changement, de chercher constamment à progresser et de bien s'orienter. Sur ce point, je recommande vivement à chacun de s'entourer d'un mentor ou d'un coach, un rôle pour lequel je me tiens volontiers disponible. Il faut également éviter de dépendre d'une seule source de revenus et chercher à diversifier ses activités. Enfin, gardez à l'esprit ce précepte : « Fais bien ton travail, comme si tu le faisais pour le Seigneur. »
Qu’aimeriez-vous qu'on retienne de
votre passage dans l'administration ?
L’humilité, le respect de la hiérarchie, la courtoisie, l'amour du travail bien fait et la persévérance.
Quels conseils adresseriez-vous aux
jeunes fonctionnaires ?
Ne cherchez pas à obtenir des avantages de manière précipitée ou détournée. Les gratifications surviennent naturellement lorsque l'on fait preuve de rigueur, de diligence, d'humilité et de courtoisie dans l'exercice de ses fonctions, tout en gardant le cap sur sa progression professionnelle.
Si vous deviez résumer l'ensemble de
votre carrière en quelques mots ?
Humilité, respect de la hiérarchie, courtoisie, passion pour le service public et persévérance.
Si c'était à refaire, que conserveriez-vous
et que modifieriez-vous ?
Tout en conservant mes valeurs d'humilité, de respect de la hiérarchie, de courtoisie et d'amour du travail, j'essaierais de mieux structurer mon temps afin de libérer davantage de disponibilité pour d’autres engagements personnels.
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